Publié le 17 Avril 2015

"Enfance, Art et Langages" à Lyon : la fin ?

Nous avons reçu de l'équipe d'Enfance, Art et Langage à Lyon le texte ci-dessous. Nous connaissons et apprécions fortement le travail de cette structure et sa contribution régulière à la réflexion sur l'éducation par l'art. Nous vous invitons à soutenir ce travail et à vous manifester auprès des responsables (irresponsables) qui entendent mettre fin à une aussi belle aventure.

" Le 2 avril, la ville de Lyon a annoncé la suppression d'Enfance, Art et Langages, sans concertation. Et cela, malgré les nombreux courriers (pièces jointes) des artistes, enseignants, ATSEM, parents d'élèves, chercheurs, ainsi que des demandes de rendez-vous.
Novateur et unique, c’est un modèle et une inspiration forte pour toutes les personnes intéressées par l’​Art et l'Education. (Dossier de présentation en pièce jointe).

Si vous vous sentez concernés et afin de mobiliser une parole publique et entendue, nous vous invitons à envoyer la Lettre ci-dessous depuis votre boîte mail directement aux élus.

Merci pour votre aide !
Pour toutes suggestions, retours, contacts de soutien (notamment de la presse) : eal.soutien@gmail.com

Signez la Lettre, complétez-la, adressez-la à :
Gérard Collomb, maire de Lyon ​; ​Anne Brugnera, adjointe au maire de Lyon, chargée de l’éducation ; ​Georges Kepenekian, adjoint au maire de Lyon, chargé de la culture.
​Adressez une copie de votre envoi à l'adresse de soutien pour Enfance, Art et Langages.

gerard.collomb@mairie-lyon.fr
anne.brugnera@mairie-lyon.fr
georges.kepenekian@mairie-lyon.fr
eal.so
utien@gmail.com
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Monsieur le Maire de Lyon, Madame et Monsieur les Adjoints au Maire,

Le 2 avril, la Ville de Lyon a annoncé la suppression du Centre de ressources Enfance, Art et Langages et des résidences d'artistes dans les écoles.
Nous, artistes, professionnels des Arts et de la Culture, enseignants, éducateurs, parents, voulons témoigner de notre désaccord avec cette décision tant sur le fond que sur la forme.
Oui, nous entendons les contraintes financières évoquées par la Ville.
Non, nous n’acceptons pas une décision prise unilatéralement, sans dialogue ni avec les partenaires, ni avec les acteurs.
Parce qu'Enfance, Art et Langages a expérimenté des résidences d’artistes délibérément longues en école maternelle.
Parce qu'Enfance, Art et Langages accompagné par des chercheurs qui ont suscité et produit une réflexion abondante et partagée, a montré toute son efficacité, son savoir-faire ; et ce encore tout récemment à l'occasion de la restitution publique du dernier rapport de recherche et du site de recherche associé.
Parce qu'Enfance, Art et Langages a animé des échanges de ressources et de pratiques : séminaires, colloques, rencontres européennes entre les acteurs.
Parce qu’Enfance, Art et Langages est un dispositif unique, atypique, intéressant, fécond, propice à faire réfléchir et faire agir, pour que le travail éducatif et culturel donne tous les fruits escomptés pour les enfants, citoyens de demain.
Depuis plus de 12 ans, Enfance, Art et Langages a initié 37 résidences d'artistes dans 31 écoles maternelles, s'adressant à plus de 10 000 enfants des quartiers prioritaires de Lyon.
Cette présence singulière fait des résidences un lieu de rencontre entre des professionnels de l'art, de l'éducation et de la petite enfance.
Tout cet acquis ne doit pas disparaitre, transformons-le !

Nous demandons à ce que la Ville nous en laisse le temps : qu’elle laisse le temps aux 5 résidences encore en cours de s’achever, qu’elle prenne le temps de redimensionner le projet en fonction des attentes liées aux rythmes éducatifs, aux réformes territoriales, aux enjeux de l’éducation artistique et culturelle, et qu’elle associe ses partenaires à cette réflexion.
Le travail réalisé au sein d’Enfance, Art et Langages par les enseignants, les Agents Territoriaux Spécialisés des écoles maternelles, les artistes, les structures culturelles, les chercheurs, les Inspecteurs de l'Education Nationale, les Conseillers Pédagogiques de Circonscription et Départementaux, les agents territoriaux, les parents, ne doit pas s’interrompre, il faut bien au contraire chercher à le partager et aider à l’étendre à d’autres villes, à d’autres acteurs.
L'actualité nous le dit et nous le dicte.
Nous citoyens, demandons instamment aux représentants que vous êtes pour nous, de revenir sur votre décision, et de nous recevoir pour une concertation entre tous les partenaires concernés.
Dans l'attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur le Maire, Madame et Monsieur les Adjoints, nos salutations distinguées.

Signature (Prénom Nom) / fonction(s)

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Voici le message que notre collectif "Pour l'éducation, par l'art" adresse au Maire de lyon :

Monsieur le Maire de Lyon,

C’est avec inquiétude, puis consternation, que nous avons appris la décision de votre municipalité d’abandonner le projet « Enfance, Art et Langage » et les résidences d’artistes dans les écoles qui sont menées par cette structure.

Notre Collectif « Pour l’éducation, par l’art », travaille depuis trois ans (et chacun de ses membres depuis de nombreuses années) à promouvoir les expériences majeures dans le domaine de l’éducation artistique et culturelle, priorité affichée du gouvernement. Enfance, Art et Langage fait partie de ces aventures importantes, significatives, connues bien au-delà de Lyon grâce à la singularité et l’excellence de son action. En ces temps troublés, où les questions éducatives et culturelles se trouvent au cœur des préoccupations, il est incompréhensible que vous laissiez disparaître aussi brutalement la masse d’expériences et de compétences qui sont développées à Lyon par cette équipe. Nous souhaitons vivement que vous puissiez revenir sur cette décision et trouver, avec les acteurs de ce travail, le chemin d’une adaptation d’un nouvel élan pour cette structure.

C’est donc avec espoir et conviction que nous nous associons à la démarche de signature de la lettre qui vous est adressée.

- Marie-Christine Bordeaux (Universitaire enseignante-chercheur)
- Jean-Gabriel Carasso (Auteur, réalisateur. Dir. de l'Oizeau rare, Paris) ;
- Pascal Colin (Dramaturge, metteur en scène) ;
- Jean-Pierre Daniel (Cinéaste, ex-Pt des Enfants de cinéma, Marseille) ;
- François Deschamps (Cadre territorial en rhône-Alpes, président fondateur de la FNADAC)
- Alain Kerlan (Philosophe. Université Lumière Lyon 2) ;
- Jean-Claude Lallias (Enseignant, collaborateur de Canopé - ex CNDP
- Geneviève Lefaure (Pte de l'association "Scènes d'enfance et d'ailleurs")
- Philippe Meirieu (Pédagogue, Vice-président de la Région Rhône-Alpes) - Claire Rannou (Enseignante, cadre territoriale Moselle, ex-Dir. ANRAT) ;
- Robin Renucci (Comédien, directeur des Tréteaux de France) ;
- Emmanuel Wallon ( Prof. de sociologie politique P
aris-Ouest Nanterre)

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Publié le 2 Avril 2015

Flash-mob pour l'art et la culture à l'école

 

La mobilisation pour le développement de l'art à l'école, voici les images

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Publié le 8 Mars 2015

Pétition pour l'éducation artistique et culturelle

Une pétition vient d'être lancée à l'adresse des ministres de la culture et de l'éducation nationale, qui vise à maintenir et à développer les dispositifs d'éducation artistique et culturelle. Une manifestation est prévue à Paris le 14 mars.

Toutes les informations se trouvent ici

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Publié le 11 Janvier 2015

Ecoutez Boris Cyrulnik

Le journées "Charlie"

Comment cela est-il possible ?
Comment ces gens, habitants à quelques centaines de mètres de chez moi, sont-ils capables, ici, aujourd’hui, de telles atrocités ?
Bien sûr l’Afganistan, l’Irak, la Syrie, « Daech »…
Bien sûr, le contexte international, la tragédie Israelo/Palestinienne qui n’en finit pas…
Bien sûr, le FIS en Algérie, le Mali, la Lybie, l’Egypte…
Bien sûr, la crise économique…
Bien sûr, le chômage des jeunes (et des moins jeunes)…
Bien sûr, les nouvelles technologies, Internet, les jeux vidéo, les « rézosocio »…
Bien sûr, le communautarisme, le racisme, l’antisémitisme…
Bien sûr …
Mais encore !
Pour ceux qui, comme nous, auront passé leur vie à se préoccuper d’éducation et de culture,
le comportement de ces « fous » confirme combien la « bataille de l’imaginaire » est engagée : lutte impitoyable entre la pensée formatée et la pensée libre.
La question éducative et culturelle est plus que jamais au cœur de ce combat.
Vite, un développement massif de l'éducation par l'art et la culture.
Vite, un "service civique" généralisé et obligatoire
Vite...

Et c’est à ce moment que nous découvrons l’entretien donné à TV7 par Boris Cyrulnik.

Une fois de plus, il nous éclaire… brillamment

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Publié le 21 Décembre 2014

L’art fait-il grandir l’enfant ?

Vient de paraître : (aux éditions de l'Attribut)

L’art fait-il grandir l’enfant ?

Essai sur l’évaluation de l’éducation artistique et culturelle

"L’éducation artistique vise à renforcer la capacité des élèves à penser et à apprendre par eux-mêmes, à prendre conscience de leur potentiel, à l’accepter et à l’utiliser."

Souvent reléguée après les apprentissages fondamentaux, l’éducation artistique et culturelle ne va pas de soi. Elle est toujours à justifier par ses partisans. Ses objectifs peuvent diverger : réussite scolaire, intégration professionnelle ou épanouissement personnel ? Autrement dit, l’art fait-il grandir l’enfant ?

Jean-Marc Lauret tire les enseignements des nombreuses recherches (principalement anglo-saxonnes) conduites depuis trente ans dans les sciences de l’éducation, la sociologie et les neurosciences. Plutôt qu’une conception utilitariste, il privilégie une approche qualitative en s’appuyant sur les compétences forgées par l’éducation artistique : créativité, imagination, confiance personnelle, concentration, faculté d’apprentissage, estime de soi, ouverture à l’autre, prise de conscience de son environnement.

Interrogeant la question de l’évaluation dans les politiques publiques, ce livre pose in fine les jalons de ce que pourrait être l’évaluation d’une politique d’éducation artistique et culturelle. À mettre entre les mains de tous les parents, enseignants, de la maternelle à l’université, artistes et acteurs culturels, et des décideurs qui s’intéressent tant aux questions d’éducation et d’art que d’évaluation.

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Publié le 17 Décembre 2014

Maguy Marin parle éducation

A l'occasion de la manifestation "Appel du 10 décembre" au Théâtre de la Colline à Paris, organisée par le SYNDEAC, la chorégraphe Maguy Marin fit une intervention remarquée que nous vous invitons à regarder ici

Les autres interventions sont visibles/lisibles sur le site du Syndeac, notamment le texte d'Arnaud Meunier qui porte également sur les relations éducation et culture.

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Publié le 6 Juin 2014

Colloque :"Les défis de l'éducation artistique pour tous..."

Les interventions filmées sont disponibles sur les pages "23 juin 2014, colloque en vidéo"

ou en cliquant sur chaque "partie" en rouge ci-dessous

Colloque national / Lundi 23 juin 2014
"Les défis de l’éducation artistique et culturelle pour tous, de la maternelle à l’uni
versité"

À l’invitation de Mme Marie-Christine Blandin, présidente de la commission de la Culture, de l'Éducation et de la Communication du Sénat et du collectif « Pour l’éducation, par l’art », en partenariat avec l’Observatoire des politiques culturelles

1ère partie

 Ouverture
- Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord, présidente de la commission de la Culture, de l'Éducation et de la Communication.
- Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication.

- Benoît Hamon, ministre de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche


Conférence : « Faire, sentir, penser: le rôle de l’éducation artistique dans le développement de l’enfant et de l’adolescent à l’ère numérique »
Introduction : Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique à l'Université Paris
Ouest Nanterre.
- Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, chercheur associé (HDR) à l’Université Paris Diderot.
- Alain Kerlan, philosophe, professeur en sciences de l'éducation à l’Université Lyon 2.
 

2ème partie

Table ronde 1 : « À l’école, au collège, au lycée : inscrire les pratiques
artistiques dans l’espace, le temps et les programmes scola
ires »
Présidence : Catherine Tasca, sénatrice des Yvelines, ancienne ministre de la Culture et
de la Communication.
Introduction : Jean-Gabriel Carasso, directeur de L’Oizeau rare.
- Denis Paget, professeur de lettres modernes, membre qualifié du Conseil supérieur des programmes, chargé de recherches à l'Institut de recherche de la FSU.
- Laurence Loeffel, inspectrice générale de l'Éducation nationale (enseignement primaire, enseignements et éducation artistiques).
- Anaïs Herbst, professeur d’arts appliqués, et Emmanuelle Kalanji, professeur de lettres et histoire-géographie au Lycée des Portes de l’Oisans à Vizille (Isère).
- Abderzak Houmi, chorégraphe, compagnie X-Press (région Centre).

3ème partie

Table ronde 2 : « Partenariat et parcours : mettre le projet artistique
au coeur de la réforme des rythmes scolaires »

Présidence : Françoise Cartron, sénatrice de la Gironde, vice-présidente de la commission de la Culture, de l'Éducation et de la Communication, rapporteure de la mission commune d’information du Sénat sur l’aménagement des rythmes scolaires.
Introduction : Marie-Christine Bordeaux, maître de conférences en sciences de la
communication à l’Université Stendhal Grenoble 3.
- Dominique Puthod, vice-président Culture de la communauté d'agglomération d'Annecy, maire-adjoint à la culture de la ville d'Annecy.
- Hélène Mathieu, directrice des Affaires scolaires de la ville de Paris.
- Philippe Claus, inspecteur général de l'Éducation nationale, doyen du groupe de
l'enseignement primaire.

4ème partie

Table ronde 3 : « Crédits, formation, documentation : mobiliser les ressources pour le développement de l’éducation artistique et culturelle »
Présidence : Corinne Bouchoux, sénatrice du Maine et Loire
Introduction : Philippe Meirieu, professeur des universités en sciences de l'éducation,
vice-président de la région Rhône-Alpes
- Jean-Marc Lauret, chargé de mission à l’Inspection générale des affaires culturelles
du ministère de la Culture
- Jean-Marc Merriaux, directeur général du Centre national de la documentation
pédagogique (CNDP, réseau Canopé).
- Catherine Rossi-Batôt, directrice du Lux, scène nationale de Valence.
- Olivier Meneux, directeur de Ciclic, agence régionale du Centre pour l'image, le livre
et la culture numérique.

5ème partie

Conclusions
En présence d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication.
et Benoît Hamon, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de
la Recherche.
- Jean-Pierre Saez, directeur de l’Observatoire des politiques culturelles.
- Marie Desplechin, écrivaine.

Contact : colloque23juin@educationparlart.com

Télécharger le programme et le dossier en PDF :

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Publié le 23 Avril 2014

Forum ENSATT (à Lyon) 24 mai 2014

L’éducation par l’art : pour qui, pourquoi ?
Ce que l’art fait à l’école : des artistes, des dispositifs, des structures témoignent
L’art est-il vraiment le bienvenu à l’école ?
Et maintenant ? Et après ?
Nos engagements, nos projets, nos perspectives : l’artiste, le chercheur, le pédagogue, une alliance nécessaire.

Voir des extraits en vidéo

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Publié le 12 Avril 2014

Un cheval de Troie dans le système éducatif

Entretien Jean-Gabriel Carasso

publié dans MANIP n°38,Journal de la marionnette (THEMAA) Avril/juin 2014

Fondateur de l’Oizeau rare – association d’études et de recherches culturelles – consultant auprès de l’Observatoire des politiques culturelles, ancien directeur de l’ANRAT et auteur de différents textes, ouvrages et documentaires sur l’éducation artistique et culturelle dont Nos enfants ont-ils droit à la culture ?, Jean-Gabriel Carasso, à l’invitation de Manip, fait avec nous l’état des lieux des politiques mises en place jusqu’à aujourd’hui sur ce thème et pose les perspectives d’avenir.

Quelle analyse faites-vous des différentes politiques successives en matière d’éducation artistique et culturelle ?

Jean-Gabriel Caraso : La question de la dimension sensible et artistique de l’éducation est un grand thème de discussion, de militantisme, de débat voire d’angoisse même, qui est dans le débat public depuis une trentaine d’années et qui va le rester encore un bon moment parce que tout est loin d’être réglé.
Je vois trois raisons à l’actualité de ce thème.
D’abord le constat, aujourd’hui largement partagé, de la limite des politiques de démocratisation culturelle par l’offre artistique. Des gouvernements successifs ont pensé, avec les collectivités territoriales, qu’il fallait diffuser le plus largement les oeuvres d’art pour toucher un maximum de citoyens de ce pays. Des réseaux formidables de théâtres, de bibliothèques, de médiathèques, de festivals, sur tous les territoires ont donc été créés.
Ce mouvement d’aide à la création et à la diffusion, a permis de créer de nombreuses structures, une diversité d’événements... Il a permis cette « démocratisation culturelle » sans toutefois résoudre l’accessibilité de tous aux oeuvres d’art, qui était le grand pari de ce projet politique. En effet, depuis les années 80, les statistiques, faites en particulier par le Ministère de la Culture, montrent que ces politiques successives touchent environ 20% de la population. Et de plus, lorsque l’on ouvre une médiathèque près d’un théâtre ou un musée près d’un centre culturel, l’offre dégagée profite encore à ces mêmes 20 %, effet cumulatif bien connu désormais.
L’élargissement de l’offre culturelle sur un territoire trouve donc ses limites très rapidement. Une des manières de dépasser ces limites, a été d’une part de développer ces dernières années des programmes d’aides concernant les formes populaires du spectacle vivant comme le cirque, le théâtre de rue et la marionnette. D’autre part, on assiste à la volonté de porter un effort particulier sur la jeunesse, car elle représente un potentiel important du public de demain. Le monde de la culture, avec en particulier tout ce qui a trait au théâtre jeune public, va donc se tourner vers le monde de l’éducation. Un large débat public a eu lieu qui amène aujourd’hui les politiques à mettre en priorité l’éducation artistique dans leurs programmes.
C’est le cas de tous les candidats à la présidentielle depuis une dizaine d’années !
La deuxième raison, c’ est le constat que l’éducation nationale est un système qui produit beaucoup d’échec scolaire. Bien qu’il y ait eu un vaste mouvement pédagogique d’éducation «nouvelle» depuis un siècle (comme Célestin Freinet, les fédérations d’oeuvres laïques, etc.) qui a tenté de promouvoir de nouvelles méthodes d’éducation active, la dimension magistrale de l’enseignement reste la norme. L’enjeu est donc de rénover le système et réintroduire de la créativité par les pratiques artistiques.
Depuis de nombreuses années, des outils ont été mis en place comme les projets d’action
éducative, les jumelages, les ateliers de pratique artistique, les classes culturelles, etc, outils qui ont fait leurs preuves mais restent limités en nombre.
La question est donc celle du développement significatif de ces pratiques, voire de leur généralisation éventuelle.
La troisième raison, au-delà de la double crise du système culturel et du système éducatif, est ce que nous avons appelé avec quelques amis, la bataille de l’imaginaire. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une fragmentation de la culture, à un combat féroce entre le « signe » qui impose son sens par la communication, et le « symbole » qui offre un espace libre d’imaginaire, par la «culture». Face à cette situation, comment donner du sens, comment faire « société collective » ? Le champ de l’éducation artistique et culturelle est un endroit pour tenter d’avancer sur cette bataille de l’imaginaire, pour la construction de l’imaginaire collectif par des pratiques et des échanges solidaires dans le domaine de l’art et de la culture.

Face aux promesses électorales et aux programmes mis en place par des gouvernements successifs, pourquoi « ça n’avance pas vraiment » ?


Ça n’avance pas vraiment, mais... ça avance quand même, grâce notamment à des artistes et des pédagogues qui ont fait avancer les choses depuis quarante ans. Mais nous trouvons toujours des fortes résistances, à la fois dans le monde de la culture et dans le monde de l’éducation, qui concernent des problématiques importantes comme la place de l’artiste dans la société ou le pouvoir du savoir dans l’éducation. « Le champ de l’éducation artistique et culturelle est un endroit pour tenter d’avancer sur cette bataille de l’imaginaire.»
Une autre difficulté importante, c’est le passage de cas particuliers, de projets qui ont fait leurs preuves, à la généralisation. Nous n’avons actuellement ni les moyens humains, ni les moyens financiers, ni même les moyens sociologiques (la « demande sociale » est faible) de dépasser le champ expérimental pour faire entrer ces pratiques nouvelles dans le « bien commun ». Et même si nous en avions les moyens, cette généralisation serait-elle une bonne chose ? Je crois que l’éducation artistique et culturelle devrait rester un cheval de Troie, car l’objectif de fond ce n’est pas l’art... mais bien l’éducation. C’est le nom de notre collectif : « Pour l’éducation par l’art »1. Et non « pour l’art ». Il s’agit d’un élément essentiel de la construction de la personnalité, de « l’individuation » comme de la socialisation quand c’est une pratique collective. Évidemment, cela remet fortement en cause le système éducatif qui est construit sur le pouvoir du savoir...
Le plus grand blocage vient sans doute de la problématique de « l’institutionnalisation ». Le passage de « l’instituant » à « l’institué » est souvent marqué par un grand décalage entre ceux qui pensent et disent ce qu’il faut faire et ceux qui le font sans tenir compte de ceux qui ont pensé la chose. C’est pourquoi il faut sans cesse préciser nos intentions et clarifier notre vocabulaire.


Comment peut-on envisager l’avenir aujourd’hui ?


Le candidat à la présidence de la République avait promis une structure interministérielle devant s’occuper de ces problèmes, sous l’égide du Premier ministre, avec un plan national sur ce thème et un budget adapté. Il n’y aura rien de tout cela...Pour autant, la loi sur la refondation de l’École a inscrit un « parcours artistique et culturel » obligatoire (on ne sait toujours pas précisément ce dont il s’agit, et aucune validation n’est prévue, ce qui lui enlève bien du sens) et le Ministère de la Culture a annoncé un « grand projet » d’éducation artistique et culturelle.
Là-dessus est arrivé le tsunami provoqué par la réforme des rythmes scolaires, qui fait basculer de nombreux projets hors du temps de la classe. Des ateliers de pratiques artistiques sont mis en place sans aucun lien avec le projet éducatif et dont les enseignants sont exclus. Nous sommes donc dans un période paradoxale : des choses vont sans doute se développer, mais l’objectif de transformer la pédagogie classique demeure.
Mais pourtant, c’est une idée qui avance ?
Ce qui avance, c’est l’idée que l’éducation artistique et culturelle doit reposer sur trois pôles :
- une pratique personnelle : faire, agir, expérimenter un langage, une forme, une expression.
- un rapport aux oeuvres : voir, entendre, recevoir, percevoir, éprouver.
- une réflexion et une appropriation des oeuvres en en parlant, discutant, confrontant son point de vue avec d’autres.
Il y a nécessité de ces trois pôles pour une question d’équilibre. Et l’un ne va pas sans l’autre. Tout projet doit s’appuyer sur ce triptyque mis en place par l’enseignant et l’artiste, conjointement, mais dont les rôles et les fonctions peuvent bouger. Une fonction de médiation peut aider à l’élaboration d’un projet. Dans cette dynamique, rien ne peut être figé, tout est en évolution sur la base de la responsabilité de tous. Par ailleurs, l’idéal est
d’avoir le temps véritable d’un projet, comme par exemple, trois ans.
L’objectif n’est donc pas l’éducation artistique, en soi, mais la possibilité de faire évoluer le système éducatif et le système culturel et de se poser la question de l’art dans la société.
L’éducation artistique et culturelle est intéressante comme élément d’évolution des systèmes et des personnes.


Dans cet esprit, comment se maillent l’artistique et le culturel dans ce processus ?


C’est très simple (rire des intervieweurs). Je vous propose les définitions suivantes...
« L’art c’est une activité humaine personnelle ou collective verticale » parce que c’est une activité que l’on approfondit et que l’on élève en même temps. On l’approfondit par la Recherche et la Formation. Elle produit des traces que l’on appelle la Création et les OEuvres.
La culture se positionne dans l’horizontalité parce que si l’art c’est « la chose », la culture, c’est « le rapport à la chose ». Elle n’est pas innée mais elle se développe par la Sensibilisation et l’Éducation. Et à l’autre bout de cette horizontale il y a la culture par la Médiation et la Diffusion. Un projet d’éducation artistique et culturelle doit prendre en compte la verticalité de l’art et l’horizontalité de la culture et dans la globalité de leurs huit pôles positionnés. Or, en général, on privilégie l’aide la diffusion et à la création, avec un peu de médiation, et on oublie le travail d’éducation, de recherche et de formation, parce que les politiques ont tendance à rendre visible leur politique en privilégiant la création et la diffusion essentiellement. La mission essentielle de notre cheval de Troie est de déployer, une fois dans la place, l’intégralité de ces pôles de l’art et de la culture.

Propos recueillis par Patrick Boutigny
et Emmanuelle C
astang

(1) www.educationparlart.com

Un cheval de Troie dans le système éducatif

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Publié le 7 Avril 2014

Ecouter Robin Renucci

Depuis juillet 2011, Robin Renucci dirige les Tréteaux de France, Centre dramatique national qui entretient des liens singuliers avec les territoires. Lors d’une rencontre avec la Gazette, le comédien explique comment travaille cette structure. Il livre également son analyse sur des sujets omniprésents dans la réflexion sur les politiques culturelles : potentiel des territoires, besoins des publics éloignés des lieux de diffusion, relations entre amateurs et artistes professionnels, éducation artistique et culturelle.

C'est dans la Gazette.fr...

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