Une école de cirque en Ardèche, écrit...

Publié le 31 Janvier 2016

Une école de cirque en Ardèche, écrit...

La fédération française des écoles de cirque (FFEC) nous adresse le texte ci-dessous, que nous tenons à vous faire connaître :

« - Onur tu vas à la mosquée tout à l'heure ?

- pourquoi faire ? il y a du trapèze maintenant ! »

J'ai entendu ce dialogue il y a quelques années lorsque je mettais en place des activités dans les cités en banlieue parisienne. Onur et Mounir avaient été pris en flagrant délit de tentative de vol dans le chapiteau quelques mois auparavant. Un collègue, responsable des activités théâtrales qui s'y déroulaient avait laissé le choix aux jeunes : soit il appelait la police, soit les deux jeunes venaient participer aux ateliers artistiques.

Onur et Mounir sont devenus en quelques mois les fers de lance de l'activité trapèze volant. Quelques années après, j'ai fait signer à Onur son premier contrat de travail, il nous aidait à encadrer les plus jeunes.

Et puis, faute de moyens, faute de soutien des institutions, l'épuisement ayant gagné trop de terrain sur cette action démarrée 10 ans auparavant, tout s'est arrêté. Onur et Mounir me l'ont bien reproché, mais toujours avec le sourire.

2015 et ses événements tragiques nous a tous mis devant nos responsabilités ; Tous ceux qui, comme nous, ont eu la prétention d’œuvrer, à travers l'éducation, pour une société où les valeurs républicaine de liberté, d'égalité et de fraternité ne sont pas les composantes d'une soi-disant identité figée et établie mais bien des idéaux fragiles à conquérir chaque année, chaque mois, chaque semaine sur chaque bout de territoire. 2015 nous laisse entre colère et désarrois.

Nous avons toujours nos convictions, notamment celle que l'éducation par les pratiques culturelles est essentielle, au même titre que d'autres enseignements scolaires classiques. Nous avons des preuves de son efficacité, nous avons des bilans de projets où nous avons fait progresser des situations, une trentaine par an, avec des enfants "difficiles", ou pas, dans les écoles, avec les handicapés, dans les centres de vacances et autres.

Mais comment ne pas se sentir désarmés, parfois presque humiliés, quand après tant de travail (nous sommes la première école de cirque ardéchoise à décrocher l'agrément école de cirque de qualité), après tant d'efforts et même tant de sacrifices, nous éprouvons le sentiment que nos actions ne sont perçues, à priori, que comme du divertissement ? Ou plutôt à de l' «entertainment », car nous glissons progressivement dans une perception américanisée des activités culturelles où l'activité éducative se transforme en activité de consommation.

Malheureusement cela n'est pas qu'une perception, car l'effondrement des soutiens institutionnels et l'évolution du modèle économique qu'il engendre, encouragent cette mutation.

Notre association s'adresse aux enfants et aux jeunes et ce sont essentiellement des jeunes qui y travaillent, autant dire que l'après seconde guerre mondiale est loin de nous. Mais même si nous ne l'avons pas connu, nous n'oublions pas l'élan qui a alors existé autour de l'éducation populaire. Lui qui, pour armer la jeunesse contre les fanatismes et autres populismes proposait, entre autre, de travailler sur le vivre ensemble et sur l'expression, car « la démocratie ne tombe pas du ciel, elle s'apprend et s'enseigne ».

Nous ne chantons pas la Marseillaise, mais il y a longtemps que, citoyens que nous sommes, les armes (de l'éducation) dans nos mains, nous avons formé un bataillon et nous marchons, marchons…

… en route pour 2016

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L'équipe de l'Art d'En Faire

Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

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