Publié le 9 Avril 2016

Enfance, Art et Langage : dernier épisode

En janvier dernier, nous faisions part de la fermeture définitive du projetEnfance, Art et Langages à Lyon. Christiane BOLZE, qui a mené cette aventure pendant 10 ans adresse à tous ses partenaires le message ci-dessous.


Chères toutes, chers tous, rencontrés depuis 2007 au travers d’Enfance Art Et Langages,
Voilà, c’est l’heure de mon départ. Les résidences d’artistes en maternelle ont été stoppées l’été dernier. Je viens de passer quelques mois à trier, jeter, ranger les ressources acquises et produites par EAL, en 15 années sous la conduite de Virginie Retornaz, Sabine Dodart Mahmoud puis la mienne, au sein de la Caisse des Ecoles de Lyon.

J’y ai passé presque dix ans. Passionnants.

C'est à votre contact qu'EAL s'est développé, s’est constitué en réseau. Ce sont vos intelligences partagées qui en ont fait la valeur.

Ce fut un sacré pari, une belle innovation lancée par la municipalité de Lyon en 2002 avec le ministère de L’Education Nationale et le ministère de la Culture.
Installer un artiste durant trois ans dans une école maternelle, quelle utopie ! En faire un objet de recherche et de production de ressources, quelle riche idée !
C’était le début des années 2000, une autre époque. Celle du slogan « un autre monde est possible ! »

Un grand merci à vous! Vous : ATSEM, enseignant-es, artistes, parents, universitaires, étudiant-es, médiateur-es, coordinateur-es, responsables de structures culturelles, artistiques, éducatives, lieux de construction de projets EAC des services de l'Etat, des collectivités territoriales, à Lyon, en France, en Belgique, en Allemagne, en Europe, au Québec et même en Chine!
Et vous, les proches collègues des Subsistances et de la Caisse des Écoles. Et surtout celles du quotidien : Violaine Doucerain, Julia Zakhartchouk, Marion Gronier, Alexandra Le Moëne, Anaïs Lavot, Caroline Bruguière.
Un grand merci à Yves Fournel et Patrice Béghain qui m’ont accordé leur confiance il y a dix ans.

Mais j'ai bien sûr et surtout, une pensée joyeuse pour les milliers d'enfants qui ont vécu à travers les résidences d'artistes, d’autres manières de faire école.

EAL s’arrête. Les élus sous ce mandat, ont choisi d'en faire l'économie.

C’est dommage. Beaucoup d’entre vous l’ont dit, de cela aussi, je vous remercie.

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 9 Mars 2016

A l'occasion des 30 ans des options théâtre au baccalauréat, la Comédie de Saint-Etienne

organisait une manifestation le 26 janvier 2016.

Jack Lang, ancien ministre de l'Education nationale et de la Culture y était invité.

Voici un extrait de son intervention.

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 31 Janvier 2016

Enfance, art et langages à Lyon : c'est fini !

En avril dernier, nous faisions part des menaces qui pesaient sur le projet "Enfance, art et langages" qui se développait à Lyon depuis plusieurs années. (voir ici) Nous recevons aujourd'hui le message ci-dessous :

Bonjour,
Nous voudrions profiter des vœux de début d’année pour vous témoigner, par cette modeste lettre, toute notre gratitude pour le soutien que vous nous avez apporté. Nous souhaitons également vous offrir un état des lieux de la fin d’Enfance Art et Langages (EAL)et en profiter pour vous parler de notre travail et de nos recherches.
Un bilan s’impose, ainsi qu’une perspective, avec l’année 2016 qui a déjà commencé…
Malgré les demandes diverses et nombreuses qui ont afflué auprès du maire de Lyon et de ses adjoints, nous n'avons pas réussi à obtenir l'ouverture d'un dialogue co-institutionel sur l'avenir d'EAL. Les élus de la ville de Lyon n'ont pas reçu les partenaires, ils ont supprimé EAL et licencié le personnel. Christine Bolze, la directrice, clôt l’activité du Centre de ressources en ces premières semaines de janvier 2016.
Achevées, donc, les résidences d’artistes. Malgré des acquis reconnus (par les élus eux-mêmes…) et l’élan manifeste des dernières années. Impossible alors d’annoncer Victoire !
Toutefois, suite à la proposition faite par plusieurs artistes le 3 juillet, 5 équipes artistiques poursuivent l’aventure en 2015-2016, avec les mêmes partenaires, dans 5 écoles lyonnaises. Ceci grâce à votre soutien et des apports financiers conséquents de la part de la DSDEN du Rhône [35%], de la DRAC [32%], de l’ACSÉ (Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances) [6,5%] et de la Ville de Lyon [30% ; un montant équivalant à 3,6% du budget que la Ville mettait dans EAL].
Suivant nos emplois du temps respectifs, ces 5 projets artistiques s’échelonnent entre novembre 2015, février 2016 et juin 2016.Ils n'ont pas l'ampleur de résidences d'artiste, ni en budget, ni en temps, ni en ressources (médiation, recherche…). EAL était fondé sur un partenariat institutionnel. Ce manque d'accompagnement se sentira probablement dans le travail réalisé auprès des enfants et dans le travail d’équipe (artistes, enseignants, Atsem, etc.). Des prolongements ? De l’essaimage ? Des bilans collectifs ?… À suivre…
Cependant, à travers ce projet Co-présences, forts de ce qui s’est travaillé à travers et par la pratique artistique lors de ces précédentes résidences, et dans le but de mener à bien ces différents projets, nous avons mis en place des temps d’immersion plus courts que sur les saisons passées, mais toujours aussi exigeants, pertinents et au cœur de ce que l’artiste peut apporter à l’Ecole de la République.
Nous sentons le prolongement de nos présences comme une forme de laboratoire, et la preuve vivante, aujourd’hui encore, de la force du dispositif EAL. Un laboratoire que nous souhaitons rendre visible à travers une page Facebook et un blog.
Continuer à partager le fruit de notre travail, de nos collaborations, au cœur même de l’école avec les enseignants, les Atsem, les parents, nous paraît indispensable ; il s’agit d’un outil merveilleux pour l’avenir…


Page Facebook : https://www.facebook.com/copresences/
Blog : http://co-presences.blogspot.fr/


La recherche associée à EAL, conduite par Jean Paul Filiod, enseignant-chercheur à l’ESPÉ de Lyon, s’est achevée elle aussi. Mais elle continue de susciter des demandes de publication. Vous trouverez ci-après des informations à ce sujet dans le court annexeRessources qui figure à la fin de ce courrier.
Nous vous adressons nos meilleurs sentiments et vous souhaitons une belle année 2016. Et longue vie à l’éducation artistique ! Nos temps actuels et notre humanité en ont grand besoin. Cordialement,
Fanny BONNEAU et Emilie HARACHE - COMPAGNIE CHAHUT D'ÉTOILES,
avec le projet « AU CŒUR DU VOYAGE DE PITT », à l'ÉCOLE MATERNELLE LES ÉGLANTINES, LA DUCHERE – Lyon 9ème.
Nathalie CHAZEAU - ASSOCIATION MICRO,
avec le projet /Ô/ à l'ECOLE MATERNELLE DE LA GARE D’EAU – Lyon 9ème.
Xavier KIM - COMPAGNIE AKSYS,
avec le projet « EN AVANT, PITRE ! » à ECOLE MATERNELLE LES FOUGERES, LA DUCHERE – Lyon 9ème.
Claire NEWLAND - COMPAGNIE SILOÉ,
avec le projet « MARCHE DANSE NATURE» à L’ECOLE MATERNELLE ANTOINE CHARIAL,
Lyon 3ème.
Marie PAPON et Riikka KOSOLA, THÉÂTRE POUK,
avec le projet « ÎLE», à L’ECOLE MARIE BORDAS, Lyon 8ème.
Jean-Paul FILIOD, Maître de conférences, ESPÉ, Université Claude Bernard Lyon 1.


Annexe Ressources
Des ressources encore disponibles
• eal.lyon.fr : le site d’Enfance Art et Langages, dont la suppression est envisagée d’ici l'été 2016. Un travail est en cours pour sauver ces ressources remarquables et continuer de les rendre disponibles au public le plus divers possible.
• http://www.eal.lyon.fr/static/enfance/contenu/Recherche/Bilan%20Activite%20Recherche%20ESPE%20EAL%202004-15.pdf : bilan des activités de recherche entre 2004 et 2015.
• espe-eal.univ-lyon1.fr : le site créé par J.P. Filiod et les services de l’Université Claude Bernard Lyon 1 suite aux travaux sur Le sensible-comme-connaissance, au terme d’une recherche collaborative impliquant des chercheurs, des enseignants, des artistes, des Atsem et des étudiants de master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation de l’Université Lyon 1.

Des ressources à venir
• J.P. Filiod est engagé avec sa collègue Sophie Necker, collaboratrice sur le programme européen cARTable d’Europedans la rédaction d’un article qui paraîtra dans le courant de l’année 2016 dans la revue pluridisciplinaire en ligne¿Interrogations? Cet article s’intitule Education artistique, évaluation et enjeux d’étiquetage. Une recherche collaborative en école dite “maternelle”
• J.P. Filiod a été sollicité en tant qu’auteur seul pour trois publications à paraître en 2016, dans la revue Quaderni(versions papier et en ligne), la revue en ligne Anthropochildren et aux Presses universitaires de Nancy dans le cadre d’un ouvrage collectif provisoirement intitulé Artistes et enfants ensemble.
Les nouvelles concernant les ressources seront indiquées sur les sites de Co-Présences

https://www.facebook.com/copresences/

http://co-presences.blogspot.fr/

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 31 Janvier 2016

Une école de cirque en Ardèche, écrit...

La fédération française des écoles de cirque (FFEC) nous adresse le texte ci-dessous, que nous tenons à vous faire connaître :

« - Onur tu vas à la mosquée tout à l'heure ?

- pourquoi faire ? il y a du trapèze maintenant ! »

J'ai entendu ce dialogue il y a quelques années lorsque je mettais en place des activités dans les cités en banlieue parisienne. Onur et Mounir avaient été pris en flagrant délit de tentative de vol dans le chapiteau quelques mois auparavant. Un collègue, responsable des activités théâtrales qui s'y déroulaient avait laissé le choix aux jeunes : soit il appelait la police, soit les deux jeunes venaient participer aux ateliers artistiques.

Onur et Mounir sont devenus en quelques mois les fers de lance de l'activité trapèze volant. Quelques années après, j'ai fait signer à Onur son premier contrat de travail, il nous aidait à encadrer les plus jeunes.

Et puis, faute de moyens, faute de soutien des institutions, l'épuisement ayant gagné trop de terrain sur cette action démarrée 10 ans auparavant, tout s'est arrêté. Onur et Mounir me l'ont bien reproché, mais toujours avec le sourire.

2015 et ses événements tragiques nous a tous mis devant nos responsabilités ; Tous ceux qui, comme nous, ont eu la prétention d’œuvrer, à travers l'éducation, pour une société où les valeurs républicaine de liberté, d'égalité et de fraternité ne sont pas les composantes d'une soi-disant identité figée et établie mais bien des idéaux fragiles à conquérir chaque année, chaque mois, chaque semaine sur chaque bout de territoire. 2015 nous laisse entre colère et désarrois.

Nous avons toujours nos convictions, notamment celle que l'éducation par les pratiques culturelles est essentielle, au même titre que d'autres enseignements scolaires classiques. Nous avons des preuves de son efficacité, nous avons des bilans de projets où nous avons fait progresser des situations, une trentaine par an, avec des enfants "difficiles", ou pas, dans les écoles, avec les handicapés, dans les centres de vacances et autres.

Mais comment ne pas se sentir désarmés, parfois presque humiliés, quand après tant de travail (nous sommes la première école de cirque ardéchoise à décrocher l'agrément école de cirque de qualité), après tant d'efforts et même tant de sacrifices, nous éprouvons le sentiment que nos actions ne sont perçues, à priori, que comme du divertissement ? Ou plutôt à de l' «entertainment », car nous glissons progressivement dans une perception américanisée des activités culturelles où l'activité éducative se transforme en activité de consommation.

Malheureusement cela n'est pas qu'une perception, car l'effondrement des soutiens institutionnels et l'évolution du modèle économique qu'il engendre, encouragent cette mutation.

Notre association s'adresse aux enfants et aux jeunes et ce sont essentiellement des jeunes qui y travaillent, autant dire que l'après seconde guerre mondiale est loin de nous. Mais même si nous ne l'avons pas connu, nous n'oublions pas l'élan qui a alors existé autour de l'éducation populaire. Lui qui, pour armer la jeunesse contre les fanatismes et autres populismes proposait, entre autre, de travailler sur le vivre ensemble et sur l'expression, car « la démocratie ne tombe pas du ciel, elle s'apprend et s'enseigne ».

Nous ne chantons pas la Marseillaise, mais il y a longtemps que, citoyens que nous sommes, les armes (de l'éducation) dans nos mains, nous avons formé un bataillon et nous marchons, marchons…

… en route pour 2016

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L'équipe de l'Art d'En Faire

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 28 Janvier 2016

L'appel de Saint-Etienne

Le 26 janvier 2016, s'est tenue au Centre dramatique de Saint-Etienne une Journée consacrée aux 30 ANS D’OPTIONS THEATRE. A cette occasion un appel a été rédigé et publié, avec appel aux signatures. Le voici :

En 1986, les ministères de la culture et de l’éducation nationale s’associaient pour mettre en œuvre un dispositif pédagogique innovant : les premières « Options Théâtre » dans les lycées. Après quelques expériences pionnières, ce projet s’est progressivement étendu sur l’ensemble du territoire : dans près de 120 villes, près de 140 lycées concernés, des milliers d’élèves impliqués.

30 ans plus tard, où en sommes-nous ?

Elèves, parents, artistes intervenants, enseignants, responsables culturels, élus… tous ceux qui ont vécu ces aventures en reconnaissent largement les acquis : une expérience personnelle et collective incomparable, qui va bien au-delà de la seule acquisition des connaissances et des compétences ; une façon vivante de lier l’expérience artistique (comme acteur et comme spectateur), les éclairages théoriques et la réflexion partagée au sein d’un groupe ; un espace d’expression où l’imaginaire, le corps, l’intuition et l’intelligence sensible s’accordent pour permettre une découverte intime des œuvres, de la langue, de soi-même et des autres ; bref, une expérience irremplaçable où « Jouer la vie apprend à vivre »1.

En matière pédagogique et culturelle, la particularité de l’enseignement du théâtre c’est d’abord le partenariat entre les professionnels de l’art et de la culture et ceux de l’éducation. Les expériences d’enseignement partagées entre tous (élèves, artistes, enseignants) ont provoqué partout le goût de la coopération et du dépassement, la curiosité et la créativité. La mise en œuvre d’une pédagogie de la création vise ainsi à la réalisation de projets toujours singuliers en lien avec l’environnement artistique des établissements. C’est enfin « l’école du spectateur », des démarches nouvelles permettant aux élèves de s’ouvrir aux formes les plus inattendues et les plus aventureuses de la création, portant aussi bien sur les œuvres du répertoire que sur les écritures contemporaines et les auteurs vivants.

Faut-il aujourd’hui abandonner ces acquis et ces ambitions ?

Au fil du temps, sous les contraintes administratives, la spécialité Théâtre a perdu son encadrement pluridisciplinaire d’origine, avec le risque de ne devenir qu’une sorte d’annexe des Lettres. Parce qu’elles ne sont pas suffisamment reconnues et considérées comme un facteur de renouveau pédagogique, parce que les évaluations comptables ou statistiques l’emportent trop souvent sur les évaluations qualitatives, parce que les ministères de la culture et de l’éducation nationale ne travaillent plus suffisamment ensemble… les « Options théâtre », dans leur diversité, se trouvent aujourd’hui fragilisées, voire menacées par les difficultés de recrutement que la nouvelle réforme des lycées engendre.

Cet affaiblissement apparaît incompréhensible dans le contexte des politiques culturelles et éducatives qui fait de la jeunesse en général, et de l’éducation artistique et culturelle en particulier, une priorité nationale sans cesse réaffirmée. Or, l’enseignement exigeant du théâtre a toujours permis aux élèves de vivre intensément. Les graves évènements qui troublent aujourd’hui la société appellent l’école à ce travail résolu sur le sens de la vie en commun : la citoyenneté, le civisme, l’engagement, par des dispositifs permettant la connaissance réelle de soi et des autres. Il ne s’agit donc pas seulement d’enseigner le théâtre, mais bien d’enseigner le monde à travers une expérience théâtrale, poétique et sensible qui relie, sans artifice, des champs de la connaissance trop souvent séparés : histoire, économie, langues et littérature, sciences, techniques, sports, philosophie…

Voilà pourquoi nous appelons non seulement à garantir l’avenir des enseignements artistiques existants mais encore à réfléchir sérieusement à une extension ambitieuse.

Tout élève, quelle que soit sa future orientation professionnelle ou universitaire, doit pouvoir faire le choix de suivre au lycée un enseignement artistique de spécialité, comptant pour sa réussite au baccalauréat et sa future orientation.

Les nouvelles Options doivent aider à repenser la temporalité des enseignements en favorisant les regroupements horaires et les décloisonnements. Elles doivent être un outil de cohésion et de partage au sein des établissements afin de sensibiliser tous les élèves à la création artistique, sous des formes sans cesse réinventées.

Il est donc urgent de favoriser en priorité un intense travail de formations conjointes des enseignants et des partenaires culturels au niveau national et régional pour développer les partenariats artistiques. Il est tout aussi important de renforcer la production d’outils pédagogiques au service du plus grand nombre, conçus conjointement et soutenus par les deux Ministères.

1 Pour reprendre la belle expression du grand comédien Philippe Avron.


Cet Appel de Saint-Étienne, lancé dans l’un des premiers lieux où sont nées les premières Options Théâtre, est aujourd’hui un acte de confiance collective dans l’avenir des élèves et dans une possible rénovation scolaire.

Ses signataires demandent publiquement aux autorités que tout soit fait pour écrire ensemble une nouvelle page ambitieuse de l’Éducation artistique dans notre pays.

en savoir plus et signer

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 14 Janvier 2016

Théâtre et éducation dans le monde

Vient de paraître :

En juillet 2013, l'IDEA (International Drama and Education Association) a tenu son huitième congrès à Paris sur le thème : D'un monde à l'autre : quelle éducation artistique pour demain? Plus d'un millier de participants (artistes, enseignants, chercheurs) y représentaient une cinquantaine de pays où l'éducation artistique constitue une préoccupation, sinon une priorité. Le menu offert aux participants était copieux et varié : conférences, débats, ateliers, spectacles... Le présent ouvrage regroupe des contributions emblématiques de ce qui se fait et se pense aux quatre coins du monde dans le domaine du théâtre et de l'éducation. Reflet de recherches et d'expériences partagées, il ouvre des débats et propose des pistes pour une éducation aux arts et par les arts en lien avec les défis sociétaux du XXIe siècle.

Ouvrage coordonné par Joëlle Aden, préface d'Emmanuel Demarcy-Mota et postface de Catherine Tasca. Il réunit les articles suivants :

- Emmanuel Wallon - L'éducation théâtrale : réponses locales à un enjeu global
- Dan Baron Cohen - Le théâtre, une pédagogie de la "transformance"
- Chris Cooper - Edward Bond : imagination et démocratie
- Kathleen Gallagher - Voix citoyennes dans un monde en crise
- Iman Aoun - Les monologues de Gaza, théâtre et conscience politique
- Michel Vinaver - D'un 11 septembre à l'autre : le théâtre comme expérience de la démocratie
- Natasha Merkouri - Le théâtre grec miroir des traumatismes de la guerre aux USA. Briser la loi du silence
- Jacqueline Kauli - Des "conversations théâtrales" pour changer la société en Papouasie-Nouvelle-Guinée
- Eve-Marie Rollinat-Levasseur - Théâtre universitaire aux Philippines : recherche, création et identité postcoloniale
- Susan Duwalatji / Sarah Hope / Bindi Isis - Le théâtre de médiation culturelle pour accompagner les programmes dans une école yolngue en Australie
- Philippe Meirieu - Le théâtre, processus transformateur : territoires de l'utopie ?
- John O'Toole - Ecrire un programme artistique : une chance en or ou une alliance compromettante pour le théâtre ?
- Francine Chaîné / Chantale Lepage / Carole Marceau - L'art dramatique au Québec : dialogue entre l'élève, l'artiste-pédagogue et la pratique artistique
- Lee Chun Leung - Pratiques théâtrales dans les nouveaux programmes du secondaire hongkongais

Lansman éditeur

123 pages - 15.00 €
isbn: 978-2-8071-0082-4

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 21 Décembre 2015

Une journée de formation nationale conjointe,

14 décembre 2015 / Musée national de l'Immigration

La circulaire interministérielle du 3 mai 2013 institue la notion de « parcours d’éducation artistique et culturelle », dont l’ambition est de proposer à tous les jeunes un accès à l'art et à la culture, prenant en compte de manière cohérente leurs différents temps de vie, temps scolaire et hors temps scolaire, et les inscrivant dans une démarche progressive vers une pratique culturelle autonome. Sur les territoires, cette cohérence globale ne peut qu’être le fruit d’un partenariat entre les services de l’État et les collectivités territoriales.

À l’occasion de la publication de l’arrêté du 1er juillet 2015 relatif au référentiel des compétences à acquérir dans le cadre de la scolarité grâce au parcours d’éducation artistique et culturelle, les ministères en charge de la Culture et de l’Éducation ont souhaité s’associer pour concevoir une journée de formation nationale conjointe, qui s'est déroulée le lundi 14 décembre 2015 au musée national de l’histoire de l’immigration.

Le programme, le dossier documentaire remis aux participants, le discours du Secrétaire général, Christopher Miles, et le bilan que celui-ci a présenté sont téléchargeables.

Le discours de la ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, est en ligne.

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 21 Décembre 2015

COMMUNIQUÉ de l'ANRAT

L'ANRAT (Association nationale de recherche et d'action théâtrale) vient de faire paraître le communiqué suivant :

A NOS ADHERENTS, PUBLICS, PARTENAIRES DE L’ÉDUCATION ARTISTIQUE ET CULTURELLE DU THEATRE ET DES ARTS DE LA SCÈNE

« Il y a quelque temps, Peter Brook a déclaré dans une interview qu’avec la découverte des neurones miroirs les neurosciences commençaient à comprendre ce que le théâtre savait depuis toujours. » Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, Les Neurones miroirs, Odile Jacob, Paris, 2008, p. 7

L’Association Nationale de Recherche et d'Action Théâtrale réunit des artistes et des enseignants pour une éducation active pour l’art et par l’art. En tant que Centre de ressources de l'éducation artistique théâtrale, elle tient à apporter sa part à la réflexion collective rendue nécessaire par les événements récents et le contexte politique et social.

Sans être péremptoires, faisons au moins l’hypothèse qu’il y a probablement très peu de djihadistes qui ont eu la chance de faire l’expérience d’un atelier artistique où se vivent les valeurs communes, où se partagent les émotions et l’empathie, la diversité des souffrances et des joies humaines, par la langue et le corps, ce que le théâtre nous enseigne depuis des millénaires. Dans ces jours sombres, nous savons au moins une chose : il faut sans relâche tenter d’allumer les petites flammes qui construisent notre espace symbolique commun, et cela dans les lieux les plus reclus de notre République. Enseignants, artistes, ensemble nous allons avoir beaucoup de travail patient à accomplir car c’est le sourire de l’avenir.

Seul espace associatif de réflexion partagée entre enseignants et professionnels de la culture, l’ANRAT éprouve la nécessité de réaffirmer combien les pratiques artistiques en compagnonnage avec des artistes, quels qu’ils soient, ne sauraient être considérées comme des soupapes réparatrices ni des opérations de vitrine. Elles représentent une nécessité humaniste et, plus que jamais, demandent un engagement militant fédérateur, loin des divisions politiques, loin des clivages artificiels et dangereux entre l’élitisme et le populaire. Il s’agit ainsi de réaffirmer, que la pratique artistique et culturelle construit l’individu et a toutes les chances de l’éloigner des fanatismes mortifères.

Faut-il attendre que se multiplient les horreurs pour retrouver ce chemin collectif ?

L'ANRAT se félicite de voir advenir les principes et valeurs qu'elle a toujours défendus dans des textes qui servent désormais de cadrage à la mise en œuvre de l'éducation artistique à l'Ecole. Mais qu'en est-il de l'accompagnement de tous les acteurs locaux, personnels de l'Education et de la culture, et leurs nombreux partenaires qui maillent les territoires, pour rendre ces parcours concrets et vivants ?

A l’heure où des programmations artistiques sont balayées à la faveur d’alternances électorales, à l’heure où des œuvres se voient censurées au nom de valeurs prétendument religieuses qui n’ont rien à faire dans l’espace public, une association comme l’ANRAT peut-elle rester silencieuse ? N’y a-t-il rien à opposer à de trop fréquents conflits entre parole et action ? N’y a-t-il rien à opposer à tout ce qui nourrit l’obscurantisme ? La pratique collective du théâtre – art de l'échange d'émotions et d'idées – favorise la prise de conscience de la nécessité d'accepter l'autre tel qu'il est - et des autres en soi - de l'utilité de chacun dans un projet collectif et de l'enrichissement qui naît de la rencontre des différences.

Consciente de tout ce qui a été construit par la décentralisation théâtrale et culturelle, et fidèle à cet héritage, l’ANRAT appelle les pouvoirs publics à mettre en place sans plus tarder un projet ambitieux où se croisent l’art et l’éducation au sein d’un grand service de la culture et de l’éducation artistique, avec tous les partenaires institutionnels et associatifs.

En d’autres termes, il s’agit de résister durablement à nos peurs collectives. Le passage par la fiction artistique et la création, vécues et éprouvées, trace nécessairement un chemin vers l’inconnu. C’est à ce prix que se construit une culture ouverte, à l’opposé de toute barbarie.

L’ASSOCIATION NATIONALE DE RECHERCHE ET D’ACTION THÉÂTRALE

Montreuil, le 18 décembre 201

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 15 Décembre 2015

Robin Renucci sur l'éducation artistique

Notre ami Robin Renucci est intervenu ce lundi 14 décembre 2015 à la Cité de l'Immigration à Paris, dans le cadre d'une journée nationale de formation sur le "parcours artistique et culturel".

Voici le texte de son intervention.

Mesdames et messieurs,

Cher(e)s ami(e)s…

Je tiens à vous dire tout d’abord combien je suis sensible à la demande qui m’est faite de prendre la parole aujourd’hui devant vous, à l’occasion de cette journée nationale de formation concernant « La mise en œuvre du parcours d’éducation artistique et culturelle : un enjeu partagé ».

Je remercie la ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche d’avoir pensé à moi pour prolonger votre réflexion et peut être apporter un regard un peu différent, sur la question générale de l’éducation artistique et culturelle qui me préoccupe depuis fort longtemps.

Dois-je vous avouer que j’hésite avant d’accepter ce genre d’invitation ?

C’est que la place d’un artiste de théâtre se trouve principalement sur les plateaux, auprès des publics, dans les lieux de formation et de transmission … plutôt qu’à la tribune d’une réunion, fut-elle interministérielle. Les artistes n'ont pas à donner de leçon, à affirmer une quelconque vérité, pas plus qu’à servir de caution artistique ou intellectuelle à tel ou tel projet de communication politique ou institutionnel. Je me garde donc de moi-même…

Et pourtant…

Ce, qu'en moi, l’artiste hésite à faire, le citoyen se sent tenu de l’accomplir.

Les attentats récents qui se sont produits à Paris nous bouleversent et nous interrogent. Les commentaires et propositions de toute nature se multiplient pour expliquer l’état de notre pays et suggérer les solutions les plus adaptées. Avec la sécurité et son cortège de mesures, avec le social et l’économie qui demeurent sources de tant d’inquiétudes, l’éducation et la culture sont évoquées, à juste titre, comme pistes urgentes d’investissement et de mobilisation. (C’est pourquoi j’ai répondu favorablement à l’appel de la « réserve citoyenne ».)

Si j'ai accepté de vous rejoindre dans ce contexte, c’est pour dire une fois encore les raisons de mon engagement, partager avec vous quelques réflexions, mais aussi pour insister, en toute franchise, sur quelques propositions qu’il me semble indispensable de mettre en œuvre.

Je veux préciser que mes propos sont nourris de nombreux échanges, notamment avec mes amis : Bernard Stiegler philosophe, Emmanuel Wallon professeur de sociologie politique à l’Université de Paris-Ouest Nanterre, Jean-Gabriel Carasso militant et auteur de nombreux ouvrages sur l’éducation artistique et culturelle. Enfin, je sais ce que je dois au collectif « Pour l’éducation, par l’art » que nous avons constitué en 2012 afin de participer au débat sur la mise en place du « Plan national d’éducation artistique et culturelle » annoncé par le Président de la République.

Dans toutes mes activités (et particulièrement dans mes missions de directeur du Centre dramatique les Tréteaux de France) je tente, avant tout, d’être fidèle à cet « héritage sans testament » que nous ont laissé nos prédécesseurs Jacques Copeau, Charles Dullin, Jean Vilar, Antoine Vitez et tant d’autres... A savoir : donner du sens à notre travail artistique, l’inscrire dans une préoccupation citoyenne, répondre aux enjeux du moment et préparer, autant qu’il est possible, un avenir à nos enfants. Je m’inscris dans leur histoire, dans le sillon tracé par le Conseil national de la Résistance, derrière les pionniers de la décentralisation théâtrale et ceux de l’éducation populaire qui ont façonné la France de la seconde moitié du XXe siècle en la dotant de nombreux équipements culturels et institutions artistiques, sur l’ensemble des territoires. Avec eux, derrière eux, j’essaie de prendre ma part du travail collectif pour une culture de « l’élévation tout au long de la vie » et pour un partage le plus large possible de la parole symbolique : projet qui me paraît plus que jamais essentiel.

Nous vivons, chacun le sait, une mutation anthropologique considérable, une « grande métamorphose » comme le dit Edgar Morin, qui va bien au-delà de la simple « crise » de nos systèmes économiques. La mondialisation, le numérique, les nouvelles technologies de la communication, l’impérialisme du marché et son corollaire - le mercantilisme, l’individualisme - et son envers - le communautarisme, la barbarie renaissante (et avec quelle violence aujourd’hui !), les conflits religieux… Toutes ces évolutions ont des implications économiques, sociales et environnementales considérables.

Elles s’accompagnent d’un immense combat culturel et éducatif que certains d’entre nous ont appelé la Bataille de l’imaginaire. Il ne s’agit pas seulement d’une bataille (oh combien importante) pour « l’exception culturelle » ou « les droits culturels », conçus comme préservation de l’identité des peuples et de leur capacité à s’exprimer, mais plus profondément de l'opposition féroce entre le signe et le symbole, entre l’injonction et la liberté d’interprétation, entre le silence et la parole

Chacun d’entre nous - et les enfants plus que les autres - sommes désormais des " cibles" ; priés de laisser au vestiaire toute singularité, tout désir authentique, toute velléité d’expression et de création singulière. La parole véritable, la parole singulière est confisquée !

Dans le monde de la publicité et du marketing, ailleurs, dans celui des fondamentalismes religieux ou du simplisme politique démagogique (l’actualité vient de nous le rappeler avec force !), le signe est dominant qui veut nous imposer une vision univoque du monde et nous contraindre aux comportements moutonniers du consommateur (de biens, de services, d’idées, d’imaginaires…)

C’est dans ce contexte général de lutte contre la réduction des têtes par les « marchands de temps de cerveau disponible », contre la pensée réduite au slogan, contre la démagogie décomplexée, contre la barbarie sanguinaire, que se situe notre espérance dans l’éducation artistique et culturelle, comme véritable découverte, puis appropriation du mode symbolique que constituent précisément l’art et la culture, la création esthétique et sa pratique.

Faut-il préciser qu’en évoquant « l’éducation artistique et culturelle », je ne parle pas seulement :

- d’un aménagement marginal de notre système éducatif (quelques minutes d’atelier artistique en fin de journée, pour se détendre ou récupérer des élèves qui décrochent) ;

- ni d’une approche strictement disciplinaire, telle l’Histoire des arts (pour laquelle j’ai le plus grand respect, mais enfin… l’histoire de la natation n’a jamais appris à nager à personne !)

- Je ne parle pas, non plus, du seul développement nécessaire de la fréquentation des œuvres et des institutions culturelles (combien d’enfants « touchés ? »), ni du seul "accès à l’art et la culture" ;

- ni même de la réduction des « inégalités d’accès à la culture », qu’elles soient sociales ou géographiques.

Tous ces objectifs ont leur noblesse à mes yeux et leur nécessité, mais l’éducation artistique et culturelle répond, à nos yeux, à des enjeux plus importants encore.

Il s'agit d'un élément fondamental de l’individuation et de la socialisation de nos enfants, c’est-à-dire de la construction des individus et de la société, à travers des pratiques artistiques, symboliques, sensibles…

Et j’ajoute : collectives.

Il s’agit de permettre à chacun de construire sa « singulière dignité », notamment dans le domaine théâtral, par une authentique pratique de sa « langue » (au sens propre comme au figuré). « La parole authentique nous importe plus que le discours » écrivait Jacques Lecoq, grand maître du théâtre. Cet enjeu est le véritable moteur de mon engagement (comme celui de très nombreux artistes, enseignants, éducateurs, élus… qui travaillent dans ce domaine depuis fort longtemps.)

Car il ne suffit pas d’apprendre à lire, écrire, compter… encore faut-il, aussi, apprendre à DIRE ! Ce qui manque cruellement à une grande part de notre jeunesse.

Nous nous sommes donc réjouis de l’engagement du Président de la République, de la dynamique enclenchée depuis par les ministères de l’Education nationale et de la Culture, de l’engagement réitéré des ministres successifs, de l’inscription du « parcours artistique et culturel » instauré par la loi du 8 juillet 2013 pour la Refondation de l’école de la République et sur lequel vous travaillez aujourd’hui.

Mais pour que cette conception ambitieuse devienne réalité, pour que notre pays connaisse réellement une avancée décisive et durable, quelques conditions nous semblent nécessaires :

Et d’abord, évidemment, la formation…

Comme l’écrit un auteur célèbre de mes amis : « Il ne sert à rien de mettre en place des dispositifs, aussi pertinents soient-ils, si les acteurs concernés n’ont pas les dispositions de s’en emparer. » Il importe donc d’engager d’urgence un vaste plan de formation initiale des enseignants, des artistes intervenants, des responsables éducatifs et culturels… Précisons : lorsque nous parlons de formation, nous évoquons un véritable « parcours » d’initiation, permettant à chacun de vivre véritablement une « expérience esthétique », et non quelques heures éparses d’un module pédagogique bâclé, qui ne servirait, au fond, qu’à se donner bonne conscience !

Du côté de l’éducation… A quand une véritable formation à la conduite de projets artistiques et culturels dans les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation pour les futurs professeurs des écoles ; très peu d'ESPÉ ont pris des résolutions en cette matière. Sans doute faut-il avancer beaucoup plus rapidement. A l’horizon 2017, toutes les ESPÉ devraient offrir un module opérationnel d’initiation à l’EAC, associant une pratique artistique, un projet culturel et une réflexion pédagogique.

Il est nécessaire aussi de développer les formations dans les universités pour les futurs enseignants, tout autant d'initier les chefs d’établissements ; mieux encore (rêvons un peu), de voir inscrit un « parcours artistique et culturel » au programme de l’ENA afin que les futurs décideurs sachent, pour l’avoir vécu, ce dont il s’agit. Cette expérience ne manquerait pas, j’en suis certain, d’influencer positivement leurs décisions futures…

Du côté des artistes… se pose également la question de la formation, notamment dans les écoles supérieures d’art.

Il s’agit, là encore, d’avancer résolument vers la mise en œuvre de modules adaptés à chaque discipline et à chaque établissement, afin que les futurs intervenants que seront presque tous leurs diplômés découvrent le sens et les modalités d’un partenariat bien conçu : qu’ils découvrent le monde enseignant, prennent conscience des potentialités et des contraintes de chaque âge de la scolarité, qu’ils éprouvent les relations de partenariat et vivent, en situation, la réalisation d’un projet avec les élèves. A cet égard, le travail que Claire Lasne-Darcueil met en place dans son projet pour l’éducation artistique au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique est tout à fait remarquable.

Je veux évoquer également l’exemple de l’ENSATT (Ecole nationale supérieure des arts et techniques du spectacle) à Lyon, dont j’ai l’honneur d’être le président. L'ENSATT est depuis toujours sous tutelle de l’Education nationale. Avec son directeur, Thierry Pariente, nous avons préparé une nouvelle étape de l'école qui donnerait lieu à une co-tutelle de l’Education nationale et de la Culture, avec des modules de responsabilisation des acteurs en matière d'éducation artistique et culturelle. Ce projet attend une impulsion ministérielle et peut-être la contribution financière d’une grande collectivité – mais cette dernière condition ne devrait, en aucun cas, être un préalable car c’est la compétence d’artistes, au plein sens du terme, qui est en jeu.

Sans ces formations initiales indispensables qui forgent le désir et la compétence, parions que le développement de l’éducation artistique et culturelle demeurera illusoire.

Ce chantier est, à mes yeux, une priorité absolue notamment à l’heure où les générations pionnières se retirent, et où la transmission est plus que jamais indispensable…

Une seconde priorité est de multiplier les occasions de formation continue et de formation conjointe des enseignants, des éducateurs et des artistes, pour qu’ils travaillent ensemble à l’élaboration et l’évaluation de projets en partenariat. Sans doute avez-vous évoqué largement ce sujet au cours de cette journée…

C’est ce que nous faisons en Corse à l’ARIA (depuis près d’une vingtaine d’années) et aux Tréteaux de France (depuis ma nomination en 2011) au cours de stages de réalisation. C’est dans ces formations continues, dans ces expériences conjointes, dans ces vécus communs des différents acteurs, que se cristallisent les compétences, se nouent les partenariats, se tissent les réseaux qui seront, demain, les garants d’une qualité et d’une pérennité des projets.

Pour cela, les Universités d’été ont, historiquement, joué un rôle majeur dans les décennies qui précèdent. Or elles ont été fortement réduites ces dernières années quand elles n’ont pas totalement disparu. Il importe de les rétablir rapidement. Des Universités d’été « éducation et culture » devraient être organisées, chaque année, dans toutes les régions, et autour des diverses pratiques artistiques, portées notamment par des associations compétentes.

(Ce fut, je crois, une des principales demandes formulées lors de la rencontre nationale tenue à La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon en septembre 2014, dont les conclusions mériteraient d’être partagées…)

Je voudrais dire enfin quelques mots sur une proposition portée depuis plusieurs mois par notre collectif « Pour l’éducation, par l’art ».

Une politique de l’éducation par l’art, telle qu’elle se met en œuvre dans notre pays, décentralisée, basée sur une pédagogie de projet, inscrite dans les territoires… sera inévitablement foisonnante et diversifiée, puisqu’elle s’appuiera sur l’invention des acteurs, sur la créativité des partenaires et sur les ressources artistiques territoriales. Pour lui donner sens, nous suggérons la création d’un « pôle national de référence », à savoir une équipe légère, spécialisée, chargée d’observer les initiatives, de les évaluer, de les faire connaître, d’aider les acteurs à concevoir et à améliorer leurs projets, d’accompagner les réseaux existants, de tisser des liens internationaux…

Bref, de permettre à chacun de ne pas rester seul mais de comprendre qu’il participe d’un vaste mouvement national (voire international) qui rassemble des énergies multiples et se nourrit de la coopération et du dialogue. Ce pôle national pourrait être, s’il est bien conçu, un levier efficace pour permettre le développement pertinent d’une politique de l’éducation artistique et culturelle.

Mesdames et messieurs,

Cher(e)s ami(e)s

Je ne voudrais pas conclure ce propos sans rappeler que si, à l’évidence, l’éducation a besoin d’art et de culture pour en finir avec son développement hémiplégique, pour s’adapter à la complexité du monde et à ses évolutions, pour offrir à nos enfants toutes les occasions d’une construction sensible, créative et solidaire… l’inverse est aussi vrai et ma conviction, celle je souhaite partager avec vous est que la création, la transmission, la formation et l’éducation populaire doivent se conjuguer et se réinventer ensemble.

La vie artistique et culturelle à laquelle je contribue a absolument besoin de l’éducation, et pas seulement pour remplir les salles ou pour augmenter les statistiques de fréquentation des institutions, mais pour partager véritablement l’expérience artistique avec des publics formés qui puissent oser être « œuvrés par les œuvres », des publics avertis comme acteurs de la représentation. Il est urgent de renforcer le sens collectif du travail éducatif et culturel et de lui permettre d'accomplir pleinement sa part dans la construction d’une société démocratique et solidaire.

C’est donc un vaste chantier, auquel nous sommes mutuellement conviés, l’attente est immense; avons-nous encore le droit de la décevoir ?

Alors, oserai-je nous dire une fois de plus, mesdames et messieurs, en vous remerciant de votre attention…

Au travail !

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art

Publié le 30 Juin 2015

Quelques temps forts en Avignon
A l'occasion du Festival d'Avignon 2015, plusieurs membres de notre collectifs seront présents pour débattre et présenter leurs travaux. A vos agendas !
"L'éducation artistique et culturelle, de l'expérimentation à l'évaluation".

Avec Alain Kerlan et Jean-Marc Lauret.
Le samedi 18 juillet 2015 à 11h30 au Théâtre des
Doms
Autour des ouvrages Un collège saisi par les arts (d'Alain Kerlan, en librairie le 2 juillet 2015) et L'art fait-il grandir l'enfant ? (Jean-Marc Lauret) publiés par les éditions de l'Attribut.
Quels sont les objectifs de l'éducation artistique et culturelle ? Réussite scolaire, intégration professionnelle, épanouissement personnel ? Pourquoi les militants de l'éducation par l'art, artistes, pédagogues, acteurs culturels, ont-ils toujours à justifier que leur action contribue à la créativité, à l'imagination, à la confiance personnelle, à la concentration, à l'estime de soi des enfants ? Quel impact une expérimentation d'une classe artistique dans un collège en zone urbaine défavorisée peut-elle avoir sur des adolescents "en difficulté" ou en décrochage scolaire? Quel sont les effets de l'art et de l'intervention des artistes, pour les élèves, pour leurs familles, mais aussi pour les enseignants, pour les artistes eux-mêmes ?
Ce sont deux des plus grands spécialistes de l'éducation artistique et culturelle en France qui répondront aux nombreuses questions soulevées par l'art à l'école et par les effets de l'éducation artistique et culturelle. Après avoir présenté leurs ouvrages, ils échangeront avec le public du Théâtre des Doms.

Quelques autres rencontres ...

Jean-Gabriel Carasso le 12 juillet à 11h. Utopia
Dans le cadre des Territoires cinématographiques,"Les Héritiers de l'avenir", le dernier film réalisé par Jean-Gabriel Carasso sur le Festival du Nouveau Théâtre Populaire de Fontaine-Guérin, sera projeté publiquement le dimanche 12 juillet à 11h au cinéma Utopia à Avignon.
Le festival du Nouveau Théâtre Populaire a vu le jour en 2009. De jeunes artistes, sortis pour la plupart des grandes écoles nationales (Conservatoire National, Théâtre National de Strasbourg, Classe Libre du Cours Florent, Studio-Théâtre d'Asnières) décident de construire un plateau dans le jardin d'une propriété privée, à Fontaine-Guérin (Maine et Loire). Ils y joueront les grands textes du répertoire français (Molière, Corneille, Feydeau, Hugo...) et mondial (Shakespeare, Büchner, Brecht, Maeterlinck, Tchekhov...). Jean-Gabriel Carasso les a suivis, le temps du 6e festival, en août 2014.

Emmanuel Wallon Lundi 13 juillet de 11h à 13h. Site Pasteur
Une politique culturelle basée sur l'offre ou sur la demande ?
Alors que Fleur Pellerin suggère aux différents acteurs de la culture de s'intéresser à la demande en prenant en compte les nouveaux usages des consommateurs, doit-on revoir les fondements de la politique culturelle historiquement basée sur l'offre culturelle ? À quel point les nouvelles pratiques générées par le Net peuvent-elles modifier l'intervention publique en matière culturelle? Avec Ariel Kyrou, Emmanuel Négrier, Jean-François Marguerin et Emmanuel Wallon.

Robin Renucci Mardi 14 juillet de 11h à 13h Site Pasteur
L'art et la culture font-ils débat ?
Quels sont les enjeux d'une revue de réflexion sur la culture ? Comment le monde de l'art et la culture peut-il faire face aux obscurantismes et à toutes les formes de censure ? Quelles sont les compatibilités et les antagonismes entre besoin de réflexion et nécessité d'agir et de résister ?
Avec Boris Cyrulnik (sous réserves), Olivier Py, Robin Renucci, Françoise Benhamou, Philippe Chantepie.

Marie-Christine Bordeaux le 16 juillet à l'Université d'Avignon, intervention organisée dans le cadre d'un événement comprenant un rapport d'étape d'une recherche-action sur l'éducation artistique et culturelle menée en Vaucluse avec l'Université d'Avignon, La Garance Scène nationale de Cavaillon, l'Association d'Éveil artistique/Festival Théâtre Enfants et le Vélo Théâtre d'Apt, dans le cadre de la Belle Saison.

Marie-Christine Bordeaux le 21 juillet de 11h à 13h. Site Pasteur
Marie-Christine Bordeaux, auteur avec François Deschamps de l'ouvrage Éducation artistique, l'éternel retour ? publié aux éditions de l'Attribut, participera à un atelier de la pensée intitulé "L'émancipation par la culture et l'éducation populaire : projet de société ?". Manifestation publique organisée par Le Secours populaire français (SPF), en collaboration avec les CEMEA et le Festival d'Avignon. Sur le site Louis Pasteur de l'Université d'Avignon.

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Rédigé par Collectif pour l'éducation par l'art